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Sauvenière

LA SAUVENIERE : VIVENT LES MÉMOIRES  !

Article paru dans La Chronique du Vieux-Liège, mars 2005

Il y a huit ans que nous plaidons et que nous agissons  pour que soit classé le fameux bâtiment du boulevard de la Sauvenière. Notre combat faisait suite à une prise de conscience de la valeur du monument et du risque imminent de sa destruction[1], déclenchée par l’article de Flavio Di Campli[2]. Pétitions, conférences de presse, expositions, courriers aux responsables politiques : nous avons exercé une vigilance permanente au cours de ces dernières années. Et ce ne fut pas vain.

On sait depuis l’automne 2004 que le bâtiment va être restauré et classé quasi intégralement – exception faite pour les fonds des bassins de natation – car c’est une condition sine qua non pour l’existence d’un nouveau projet. C’est donc là l’aboutissement des actions répétées des défenseurs du patrimoine liégeois, dont on ne peut que se réjouir. Mais la Sauvenière ne sera plus jamais une piscine, ce que l’on peut regretter, avec ou sans nostalgie… Nous avions en effet demandé au propriétaire, la Ville de Liège, de définir une affectation au monument  pour qu’il puisse être classé et par là-même subsidié par la Région wallonne, tout en insistant pour que  la  fonction de piscine soit examinée en priorité, sans exclure des  projets co-existants autour du thème de l’eau et du sport.

Cela étant dit, le projet « Mnema, cité miroir » (mnema comme mémoire, cité comme lieu de démocratie, et miroir comme reflet, évocateur de l’eau et de sa transparence), auquel la presse a fait largement écho ces dernières semaines, a de quoi séduire.

D’une part il respecte le bâtiment, s’adapte à son architecture exceptionnelle, tire parti de ses espaces, de sa luminosité, en gardant aussi le souvenir de sa fonction première par le maintien d’un plan d’eau dans une partie de l’ancien petit bassin. Il prévoit la restauration de la voûte faîtière translucide et des gradins de style paquebot.

D’autre part, il perpétue autrement le lien voulu par son fondateur entre une architecture noble et une fonction démocratique. Car la Sauvenière va devenir un lieu d’éducation à la citoyenneté, au départ de l’initiative des Territoires de la mémoire, prolongée dans un circuit évocateur de l’histoire sociale et industrielle du bassin liégeois, avec un accent mis sur la solidarité. Et cela dans une perspective qui s’affirme pluraliste.

Sur le plan urbain, on peut se réjouir de la dynamisation d’un espace sinistré : le projet s’inscrit dans la perspective réjouissante de l’aménagement de la place Xavier Neujean et de l’émergence prochaine du complexe des Grignoux. L’ancienne gare des bus va faire place aux circuits de la mémoire et des lieux de loisir et de rencontre sont prévus : restaurants, cafétéria, librairie, salle de conférence et centre de documentation spécialisé.

Enfin, la Ville de Liège ne tire pas son épingle du jeu : outre qu’elle reste propriétaire des lieux, elle crée un comité d’accompagnement du projet et a  désigné six représentants (dont la signataire de cet article) au sein de la nouvelle ASBL (pour rappel, sa composition : outre les Territoires de la mémoire, le CAL, la FGTB, la FMSS et Ethias). Et cela dans une perspective qui s’affirme pluraliste.

Mais au-delà de l’aspect commémoratif et muséal et de la mise en scène d’un passé de résistance, il est réconfortant de constater que, pour une fois oserait-on dire, les Liégeois semblent en accord pour mener une action à long terme, dans le respect du patrimoine architectural commun, en appui à la fois sur la culture locale et  le savoir universel.

Reste à trouver des subsides : 14 millions € (dont 5 engagés par « Mnema »), ce n’est pas rien, surtout à un moment où d’autres opérations culturelles sont en cours à Liège (le Théâtre de la Place à l’Émulation, notamment) et où l’on engage un financement pour une nouvelle piscine. Mais devant un projet aussi ambitieux et, on peut le dire, exceptionnel en matière de « tourisme citoyen » (80.000 visites attendues), on aurait tort de ne pas parier  sur l’avenir… de la mémoire !

Madeleine MAIRLOT, présidente de « S.O.S. Mémoire de Liège »

[1] En 1996, la Ville avait vendu la Sauvenière à la société GAUMONT pour y construire un complexe cinématographique ouvert sur la place Xavier Neujean.

[2] Bulletin de la Société royale « Le Vieux-Liège », janvier-mars 1996, n° 272.

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