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Coteaux Citadelle

Où il est question de coteaux… et de vignobles

Reportage de la télé liégeoise RTC

Cet article a été publié dans la chronique septembre-décembre 2011

On entend beaucoup parler de vignes à Liège, ces derniers temps. La presse a en effet relayé, depuis quelques mois, l’idée de la Ville d’implanter sur les coteaux de la Citadelle quelques hectares de vignobles. De quoi s’agit-il ?

Au départ, une certaine confusion dans l’information s’est installée, due au fait qu’un premier projet avait été présenté à la presse par « Vins de Liège », une coopérative d’économie sociale qui mûrit depuis deux ans un projet d’implantation de vignobles dans la région liégeoise, notamment en Basse-Meuse et qui souhaitait acquérir, pour promouvoir leur société à Liège, le terrain des Filles de la Croix, à vendre, rue Hors-Château, pour y planter un demi-hectare de vignes.

Ce projet sur les coteaux de la Citadelle, au cœur de la cité, est devenu aujourd’hui celui de la société multinationale Vrancken-Pommery qui voudrait implanter des vignes non seulement sur le terrain des Filles de la Croix mais aussi sur la propriété de l’Evêché qui le jouxte,  entre le collège Saint-Barthélemy, rue Hors-Château et la rue du Péry, et sur le dessus du bois Fabry, près du terrain de football, un lieu de promenade et de détente très apprécié des promeneurs (voir les zones en rouge sur le plan et les photos ci-après). L’objectif est de fabriquer un « crément de Liège » dont nos autorités estiment qu’il serait une bonne publicité pour notre ville et pour son tourisme. Les vignes liégeoises situées sur les coteaux seraient la vitrine commerciale des 120 hectares prévus par la société Vrancken dans la vallée de la Meuse. L’église Saint-Gérard, rue Hors-Château, serait, dans cette optique, restaurée et aménagée pour devenir un centre de connaissance du vin.

Suite à une réaction importante de riverains, le projet sur les coteaux semble évoluer. De cinq à sept hectares, il pourrait être réduit à deux et une zone tampon entre les vignobles et les habitations de la Montagne de Bueren serait respectée (très certainement la propriété de l’Évêché).

Quant à la coopérative Vins de Liège, elle cherche d’autres terrains pour sa vitrine. La Ville lui a proposé le parc de la Paix, entre le haut de la Montagne Sainte-Walburge et le Fond Pirette, qui ne sont cependant pas des zones d’exploitation agricole au plan de secteur.

L’implantation de vignes au centre de Liège sur les terrains initialement proposés pose un certain nombre de questions que nous évoquons ci-après.

Du point de vue urbanistique, ces lieux sont particulièrement protégés par la loi puisqu’ils appartiennent, au plan de secteur, à une zone d’espaces verts et qu’ils constituent un site classé situé dans un périmètre d’intérêt culturel, historique ou esthétique mais aussi dans un périmètre d’intérêt paysager et dans le centre ancien protégé de notre ville. C’est dire si le législateur a accordé à ce lieu une attention et des  valeurs particulièrement importantes qu’il s’agit  de préserver.

Au Plan communal de développement de la nature (PCDN), ce sont des zones de développement : le plan adopté par la Ville de Liège y préconise l’enrichissement de la biodiversité.

Si on devait déroger à ces protections juridiques, ne serait-il pas à craindre que cela crée un précédent dommageable pour d’autres espaces verts  de Liège. Il s’agit de la survie des « poumons verts » qui constituent une barrière contre les  pollutions atmosphériques et sonores. Le remplacement de zones boisées et de vergers riches de leur biodiversité par une monoculture, celle de la vigne, constituerait un appauvrissement manifeste de l’écosystème de cet endroit exceptionnel, situé au cœur même de notre cité. En effet, des centaines d’espèces végétales et animales y vivent – particulièrement des oiseaux dont un grand nombre sont protégés par la loi. Cette flore et cette faune constituent un maillage écologique qui s’est tissé au fil du temps, et qui relie la zone concernée à l’ensemble boisé du bois des Carmélites et du bois Fabry jusqu’à  Vivegnis. Depuis quelques temps, des apiculteurs se sont installés sur ces sites. Il est à craindre que les abeilles qui iront butiner des produits chimiques dans les vignobles disparaîtront tôt ou tard.

Le projet inquiète également les riverains des coteaux du point de vue de ses conséquences sur la santé : des pulvérisations de produits chimiques se feront plusieurs fois par an, vu le climat humide de nos contrées. Les effets de cocktails chimiques pouvant provoquer des maladies à plus ou moins long terme ne sont pas encore bien connus et le fait que les aspersions se feront dans une  zone de forte concentration urbaine avec un hôpital de mille lits et des milliers d’écoliers demande une  prudence toute particulière.

Du point de vue de la géomorphologie, l’érosion des sols risque d’être accentuée de façon importante avec l’arrachage des arbres, des buissons qui retiennent l’eau et de la végétation herbeuse sur des terrains en forte pente. Il y a déjà eu des glissements de terres, un bassin d’orage a débordé récemment à la Citadelle. Les conséquences d’un tel bouleversement des terres sont préoccupantes, surtout  par temps de forte pluie et de fonte des neiges. Quant aux eaux polluées par les produits chimiques, elles ruisselleront jusque dans les jardins situés en contrebas et finiront leur course dans la Meuse.

Enfin, concernant l’histoire de la vigne dans notre cité, souvent évoquée, si les coteaux étaient autrefois porteurs de vignobles, est-ce un argument majeur pour en replanter ? Depuis deux cents ans, la nature s’est reformée, transformée jusqu’à nous offrir un précieux équilibre. Et la culture de la vigne se faisait,  à l’époque, sans produits chimiques…

Ces considérations, ces questions, ces inquiétudes font débat dans les quartiers concernés et dans nombre d’associations. Une délégation de riverains a pris l’initiative d’envoyer un courrier au Collège, signé par une cinquantaine de personnes en date du 12 août dernier. Des représentants du Collège ont reçu cette délégation le 19 septembre. Ils ont proposé de créer un groupe de travail où seront exposées et discutées les réponses techniques aux questions concernant la santé, l’érosion des sols, la biodiversité et les problèmes liés à la législation.

La Ville a par ailleurs annoncé qu’elle avait l’intention de procéder à une révision globale du Plan communal d’aménagement des coteaux en vue de permettre des modifications de certaines zones dans l’avenir.

La modification du paysage des coteaux concerne les objectifs de notre association. De même que la protection des zones vertes, du centre ancien protégé et des zones d’intérêt historique et esthétique.

Le Vieux-Liège n’a pas encore pris position sur le sujet. Si le projet peut séduire de prime abord, il pose beaucoup de questions et la modification importante du cadre de vie dans les quartiers concernés qu’il entraînerait mérite qu’on y réfléchisse en profondeur. Nous reviendrons sur le sujet ultérieurement, quand les réponses posées au Collège, qui nous semblent pertinentes, seront sur la table.

En attendant, vous pouvez nous envoyer vos remarques et vos avis. Notre site Internet n’étant pas encore opérationnel (mais c’est pour bientôt), l’adresse e-mail suivante peut être utilisée : fed.ep@skynet.be

Joseph DELHAXHE et Madeleine MAIRLOT