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Toponymie (chronique janv.-mars 2012)

Nous avons inauguré, dans la dernière chronique de l’année 2010,  la  rubrique « toponymie des rues de Liège ». Comme nous vous l’avons signalé à ce moment-là, il vous est loisible de proposer des dénominations de lieux à l’échevin de l’État civil. Vous pouvez aussi nous faire parvenir vos suggestions pour que nous les lui transmettions via la sous-commission de toponymie. À noter que celle-ci est demandeuse de noms de femmes qui ont compté pour Liège,  la plupart des noms de rues qui rappellent la mémoire de personnalités étant aujourd’hui des noms d’hommes. Voici quelques-uns des nouveaux noms de rues adoptés lors du Conseil communal du 28 novembre 2011.

Je remercie vivement M. Serge Dubois, membre de la commission de toponymie, de m’avoir fourni  l’essentiel des informations qui suivent ainsi que des photographies.

Degrés Jacques Izoard

 Voirie en escaliers qui relie la rue Henri Vieuxtemps à la rue Louis Fraigneux et est prolongée par une passerelle ainsi qu’une autre volée d’escalier pour aboutir rue de Hesbaye au site propre des TEC.

Jacques Delmotte dit Jacques Izoard est né en 1936 à Liège, le jour même où Paul Valéry prononçait un discours au Conservatoire de Liège en l’honneur du 50e anniversaire de la revue La Wallonie, en présence de son fondateur, le poète liégeois Albert Mockel.

Il a toujours vécu dans le quartier de Sainte-Marguerite, notamment rue du Général Modard où se trouve aujourd’hui la Maison du Poête, au n° 18, puis  rue Chevaufosse jusqu’à son décès, en 2008.

Jacques Izoard, professeur de  français, est un  poète renommé dont l’oeuvre a été couronnée de plusieurs prix littéraires parmi lesquels le Prix de poésie de l’Académie Mallarmé, le Prix Triennal de Poésie de la Communauté française et le Prix Max Jacob.

Son nom d’auteur vient de sa fascination pour le défilé des roches rouges de l’Izoard dans les Alpes françaises.

Considéré comme l’un des grands poètes de la langue française d’aujourd’hui, ce fervent amateur de sa ville natale, ce poète du bleu, privilégiait les thèmes de la nature, du corps et du langage.

Izoard était aussi un extraordinaire animateur de revue et d’ateliers d’écriture, ce qui a fait de lui une figure connue de la culture souterraine à Liège, notamment au regretté Cirque Divers. Il a soutenu entre autres Eugène Savitzkaya, Nicolas Ancion, Karel Logist, Serge Delaive.

Son œuvre complète a été publiée en 2006 aux Éditions « La Différence » à Paris. En voici un bref extrait :

« J’ai rêvé d’être en vie quelque part et nulle part. Mais mon rêve en charpie n’a pas fait de vieux os. Ne rêve à rien, tu deviendras poussière, poussière et poussière. »

Espace François Jacqmin

 Espace vert triangulaire bordé par les rues des Fories, Léon-Frédéricq et Renoz.

 François Jacqmin (1929-1992), né à Horion-Hozémont, est un poète majeur d’une grande originalité. Il passe son adolescence en Angleterre où sa famille s’est réfugiée pendant la guerre. Il a participé à l’aventure de la revue Phantomas fondée en 1953 qui a été, pendant 30 ans, un fer de lance de l’inventivité culturelle belge, prônant la subversion poétique et alliant arts plastiques, poésie et dérision. Jacqmin y représentait la tendance classique.

Il était l’ami du peintre flémallois  Léopold Plomteux (1920-2008) et  passionné de psychanalyse freudienne. François Jacqmin a publié une dizaine de plaquettes et d’albums d’art et trois recueils de poèmes.

Citons : La rose de décembre, Bruxelles, Phantomas, 1959 ; Camera oscura, Verviers, Temps mêlés, 1976 ;  Le coquelicot de Grétry,  Bruxelles, Phantomas, 1978 ;  Les saisons, Bruxelles, Phantomas, 1979, réédité chez Labor dans la collection Espace Nord en  1988 ;Le Domino gris, La Louvière, Daily Bul, 1984, qui obtient le Prix Triennal de Poésie de la Communauté française. En 1991, un an avant sa mort, il obtient à Bruxelles le Prix Emmanuel Vossaert de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises et, à Paris, le Prix Max Jacob pour Le Livre de la neige, paru à La Différence.

L’espace François Jacqmin réaménagé par les services de la Ville est rehaussé par l’œuvre de l’artiste Daniel Dutrieux « Socles. Boules. Poèmes ».

Cette œuvre se trouvait initialement place Henriette Brenu. Elle a été déplacée suite à la  construction de la « Médiacité ». Voici ce qu’en a dit Jean-Marie Klinkenberg, professeur émérite de l’ULg,  au moment de son inauguration place du Longdoz :

Ce retour vers le ténu, le ténu tenace, Daniel Dutrieux l’a parfaitement assumé, en semant ses stèles à poèmes sur la liégeoise place du Longdoz.

Partant du principe que c’est dans les espaces les plus détériorés que la voix de l’artiste se fait le mieux entendre, il a choisi un de nos mille désastres urbains pour rendre ses droits à la phrase qui se déploie têtue, au texte qui se souffle court, à l’écriture qui se trace. Pour faire croître le majuscule message murmurant. […]

Les stèles de Dutrieux ne font pas que figurer un temple. Le socle qui supporte les sphères cesse en effet vite d’être un socle, ce support misérable d’un dessein grandiose. Il prend forme indépendante. Car façonnées à l’échelle de l’homme, les stèles dressées sont ainsi l’image de son corps. Leur ensemble est épars, mais pourtant habité par un secret désir d’harmonie. C’est la société. Et ses langages.

Lisons les textes, que lira peut-être, sans doute, le piéton perdu, invité à circuler entre ses semblables immobiles. Lisons-les, avec l’œil ou avec le doigt, ces textes chuchotés vers les quatre points du pauvre horizon. Dispersés, tous se rassemblent pour dire, à voix sourde, à l’unisson, la fragilité de l’homme. Et aussi la force qu’il se conquiert dans le dire. »

Parmi les textes figurant sur les socles gravés dans le petit granit, ainsi qu’en écriture Braille, se trouve celui-ci de François Jacqmin :  »Celui qui explique a perdu la raison. Il faut se taire et regarder la rose qui vaque à son parfum. »

Notons également qu’un autre monument liégeois de Daniel Dutrieux, « L’arbre et son ombre » situé Esplanade Albert 1er est aussi empreint de la plume de Jacqmin.

Sentier Berthe Bovy et rue Paul Debraz à Jupille

Une rue et un sentier piéton au départ de la  rue de Beyne à Jupille, dans le cadre d’un nouveau lotissement.

Berthe Bovy (Liège 1887-Paris 1977) est la fille de Théophile Bovy, journaliste, poète, auteur dramatique et compositeur du « Chant des Wallons ». Son enfance est bercée par la musique et la littérature. A vingt ans, Berthe Bovy devient pensionnaire de la Comédie Française et entame une carrière cinématographique à l’époque du cinéma muet. L’acteur Pierre Fresnay fut son élève avant de devenir son mari.Pendant l’occupation, son activité professionnelle s’est considérablement réduite et, en 1942, elle doit quitter la Comédie Française.

Au sortir de la guerre, elle a continué une carrière théâtrale prestigieuse qui la verra encore à l’affiche en 1967. Cette grande dame a habité au 66 rue Vert-Buisson, à quelques dizaines de mètres de ce sentier. Sa maison avait  été vendue à Paul Debraz. L’épouse de celui-ci y vit encore.

Paul Debraz (1921-1985) était un chroniqueur wallon très apprécié qui écrivait sous le pseudonyme de Père Anselme. Fonctionnaire à la direction des Ponts et Chaussées de Liège, il a pendant plus de 30 ans, de 1953 à 1985, écrit des articles qui devaient leur attrait et leur popularité à la simplicité de leur auteur et à l’amour qu’il portait à son public.

Collaborateur au journal La Wallonie, Paul Debraz a aussi exercé son talent dans des  chroniques cinématographiques et autres telles : « Vous permettez », « Le beau pays wallon » et « Les travaux et les jours ».

Clos Anne de Chantraine à Jupille

Le clos Anne de Chantraine  est une nouvelle voirie qui dessert un nouveau lotissement.  Cette nouvelle voirie possède 2 accès, le 1er (principal) rue de Tesny  entre les n° 91 et 149, le 2ème (secondaire non carrossable) clos des Sôtès entre les n° 25A et 27.

Anne de Chantraine vécut au début du XVIIe siècle dans la principauté de Liège et le comté de Namur. Accusée de sorcellerie, cette très jeune fille dut affronter les tortures tribunal de l’Inquisition. Elle fut condamnée au bûcher. De cette histoire devenue une légende, Gaston Compère a tiré un roman, Anne de Chantraine ou la naissance d’une ombre, paru aux Editions de la Renaissance du Livre en 2002.

Allée Rohan Chabot à Fayembois

 Sentier qui part du thier du Goreu pour arriver au sentier du Château et à l’avenue de la Rousselière.

Cette  voirie qui apparaît tant dans les guides routiers que sur le GPS est usitée par des promeneurs pédestres ou motorisés.

La dénomination existe depuis des décennies mais n’a pas été officialisée par l’ancienne commune de Jupille, elle est même quelquefois déformée en « Pohan-Chabot ». Le domaine de Fayembois existe depuis plusieurs siècles. En 1625 le sieur Guillaume Fayin, propriétaire du château, était appelé  « en bois », ce qui donnait en wallon « tchètsê d’Fayin-Bwès », qui donna « Fayembois ».

Ce domaine a aussi appartenu au Baron Amédée de la Rousselière, né à Londres en 1804 et décédé à Liège en 1872. Sa petite fille, Nadine de la Rousselière Clouard, propriétaire du château au début des années 1900, épousa un aristocrate français originaire du Morbihan, Guillaume de Rohan-Chabot. À la mort de celui-ci en 1922, son épouse Nadine mis le domaine en vente. Actuellement, le Château de Fayembois abrite une maison de repos.

Clos des Lavandières à Rocourt

Nouvelle voirie qui prend sa source rue de Lantin entre les n° 134 et 136 et qui dessert un nouveau lotissement.

Il y a quelques dizaines d’années se trouvait, à proximité de là , « l’ouhene as clicotes » : il s’agissait des établissements Grosjean-Britte dont la principale fonction était le classement des chiffons. Dans cette « usine à chiffons », beaucoup de femmes étaient employées en tant que blanchisseuses ou lavandières. Cette profession principalement féminine  était très contraignante, surtout dans les temps anciens mais encore aujourd’hui dans certaines parties du monde.

La lavandière est également un petit oiseau au bec effilé de couleur gris cendré et portant un plastron noir de la gorge à la poitrine. Il se nourrit de petits insectes, de vers et fréquente le bord des cours d’eau ou les abords des lavoirs (anciennement publics).

Cet oiseau est nommé lavandière à cause des mouvements de sa queue comparés à ceux des blanchisseuses battant le linge. Il est aussi appelé hoche-queue et bergeronnette.

Madeleine MAIRLOT