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Faut-il sauver la dentisterie de Bavière ?

Institut de stomatologie en construction

Ces derniers mois, un mouvement citoyen s’est mis spontanément en place pour réfléchir à un avenir possible de l’ancienne dentisterie de Bavière, menacée par une demande de permis de démolition.

Font partie de ce collectif, les asbl SOS Mémoire de Liège, Le Vieux-Liège, Patrimoine Outre-Meuse et UrbAgora

Une manifestation festive a eu lieu ce 15 juin sur le site de Bavière (300 personnes étaient présentes), pour s’opposer à la démolition de ce bâtiment emblématique d’une époque et demander qu’une réflexion soit menée sur la possibilité de le réaffecter.

Pourquoi cette ambition pour un bâtiment délabré et squatté, qui offre bien piètre mine aujourd’hui ?

Un peu d’histoire sociale n’est pas ici inutile. Dans les années 1920, la stomatologie devient une discipline universitaire et les soins dentaires ne peuvent plus être exercés que par des diplômés de l’université (licenciés en sciences dentaires- LSD). En 1926, l’Université de Liège installe dans l’ensemble hospitalier de Bavière un petit service qui rencontre rapidement le succès et devient  trop exigu. Une nouvelle structure s’impose. Alors que l’Université de Liège modernise ses infrastructures, elle choisit, en 1934, Charles Servais, jeune architecte sorti de l’Académie royale des Beaux-Arts de Liège, comme maître d’oeuvre. Le bâtiment doit répondre à deux exigences : former les futurs médecins et dentistes ainsi qu’assurer le service médical pour la population.

Le chantier est inauguré en 1937 mais connaît de nombreux retards. Les travaux sont terminés en 1940. Dès l’année suivante, les patients peuvent être soignés mais à cause de la guerre, l’inauguration officielle n’a lieu qu’en 1946. Entouré par le home pour infirmières, les cliniques d’urologie et de pédiatrie, l’édifice est implanté sur une parcelle modeste. Il comporte 4 niveaux qui reposent sur une structure métallique pensée pour supporter un exhaussement ultérieur. Un ensemble de 83 pieux Franki en constituent les fondations.

L’ouvrage dont les qualités esthétiques sont directement saluées s’inscrit dans un style propre à nos régions et celui du modernisme des années 30. Briques et verre constituent les deux matériaux principaux de la façade. En dehors des baies du demi sous-sol et des bouches d’aération, toute ornementation gratuite en est absente.

Pendant 30 ans, le bâtiment ne connaîtra pas de transformations notables. Par contre, dans les années 70, il est modernisé et rehaussé de deux étages. Dans la décennie suivante, alors que le site de l’Hôpital de Bavière est abandonné pour deux nouveaux hôpitaux (CHU et Citadelle), la Stomatologie n’est pas transférée au Sart-Tilman. Ce choix du maintien dans le centre ville assure aux étudiants, une proximité avec les patients. Bref répit hélas ! L’Université préfère investir dans de nouvelles installations sur le site des polycliniques Brull, quai Godefroid Kurth. En 2001, l’ancien Institut de stomatologie est définitivement fermé et directement vandalisé.

En 2005, la Ville entend valoriser le site de Bavière en y développant du logement. Le premier projet immobilier prévoit le maintien de l’ancien bâtiment de stomatologie. Emporté par la crise financière de 2008, il est remplacé par un nouveau projet qui risque bien d’entraîner la destruction de l’ancienne dentisterie.

Ce serait dommage ! Il reste en effet peu de témoins de l’architecture publique des années 1930 à Liège. Après la démolition de la tour Piedboeuf, la piscine de la Sauvenière a été menacée de démolition en 1996 (la société Gaumont voulait l’acquérir pour en faire un complexe de cinéma[1]), le Val-Benoît, longtemps abandonné, semble vouloir retrouver une nouvelle vie et le lycée de Waha a heureusement été rénové. Quant à l’ancien Palais des fêtes de la Ville de Liège, ancienne patinoire, quel sera son sort si l’Expo 2017 ne se tient pas à Liège ?

A ce jour, le permis de démolir a été suspendu par le fonctionnaire délégué, en attente d’une décision.

Soulignons que ce bâtiment de style Bauhaus représente, au-delà de sa qualité d’architecture, un patrimoine culturel et affectif auquel nombre de Liégeois sont sensibles. Le détruire serait une nouvelle perte pour Liège[2].

Madeleine MAIRLOT et Erwin WOOS


[1] C’est l’action conjointe du Vieux-Liège, de SOS Mémoire de Liège et de l’asbl Les Grignoux qui a convaincu la Ville de sauver ce bâtiment remarquable.