La « basilique » de Cointe

Basilique à vendre !

Une « basilique » à vendre ! Hé oui, c’est le sort réservé à bien des édifices religieux aujourd’hui. Les fidèles ne sont plus légion et les lieux de culte s’en ressentent depuis bien des années.

Liège, « la ville aux cent clochers », n’offre plus, dans son paysage, autant de symboles religieux que sous l’Ancien Régime…

Pour ne citer qu’elles, l’église Saint-André, place du Marché, est devenue un lieu  d’exposition de la Ville de Liège et Saint-Antoine, à côté du Musée de la Vie wallonne, accueille les manifestations de la Province; Saint-Gérard (église des Rédemptoristes), en Hors-Château, contient les réserves du Musée d’art religieux et d’art mosan. L’ancienne chapelle Saint-Charles-Borromée, rue du Vertbois, est devenue une salle de conférence de la Région wallonne et celle de l’ancien hospice Saint-Agathe était destinée à faire office de restaurant dans un hôtel qui n’a pas vu le jour. Les bâtiments sont aujourd’hui la propriété de la société Lampiris qui va y installer son siège social.

D’autres églises ont été démolies : Saint-Pierre, une de nos huit collégiales, l’église paroissiale de Saint-Hubert, et tant d’autres.

Que deviendront demain l’église du Grand Séminaire et la chapelle des Filles de la Croix dont la propriété vient d’être vendue ? Sainte-Croix, pour sa part, après avoir longtemps attendu qu’on s’occupe d’elle, va être, d’après nos informations, l’objet d’une restauration et serait le point de départ d’un circuit des collégiales, à l’initiative de la Ville de Liège.

S’il n’est plus de mise de nos jours de raser les églises, encore faut-il leur trouver un acquéreur, une réaffectation… et des finances ! Là est la difficulté.

Le Mémorial interallié

L’église du Sacré-cœur, improprement mais généralement dénommée « basilique de Cointe » ou « basilique du Sacré-Cœur », n’est plus un lieu de culte, même si elle n’est pas (encore) désacralisée. Depuis quelques années, on n’y officie plus, sinon dans la crypte. Ses jours sont donc en danger, vu son état de délabrement qui nécessite d’importants travaux.

L’enjeu d’une restauration est de taille mais il en vaut vraiment la peine : dans un écrin de verdure, la « basilique » et la tour qui constituent le Mémorial Interallié qui domine la colline de Cointe sont un signe architectural unique dans le paysage de Liège. On ne peut supprimer un tel patrimoine historique à la porte des Ardennes, à l’entrée sud-ouest de Liège, alors même qu’il constitue la toile de fond et la mise en valeur de notre nouvelle gare des Guillemins !

Les deux monuments, le civil et le religieux, ont été construits pour commémorer la collaboration des nations alliées lors de la  Première Guerre mondiale et rappeler la souffrance des peuples. Dès 1919, l’architecte Paul Jaspar avait réalisé le projet d’une tour-beffroi qui se serait dressée place du Marché mais dont la réalisation n’aboutit pas, faute de moyens. C’est dans les années 1930 que  l’Anversois Joseph Smolderen fut finalement choisi par concours. Il n’est pas inutile de rappeler que c’est un congrès international des Anciens Combattants de la Première Guerre mondiale, tenu à Rome en 1925,  qui choisit la Belgique – et plus particulièrement Liège, qui reçut la première le choc des armées ennemies – comme lieu de mémoire mondial pour le lourd tribut que la nation a payé en 1914-18.

Les travaux ont duré dix années (1928-1938) et ont été financés par des souscriptions publiques et privées des pays alliés.

La tour, bâtiment civil, a nécessité d’importants travaux. La Régie des Bâtiments de l’État est propriétaire du bien et maître de l’ouvrage.

L’église du Sacré-cœur est la propriété de l’asbl « Monument régional du Sacré-cœur » fondée dès 1923. Elle nécessite de lourds travaux que l’asbl ne peut assumer. Depuis plusieurs mois, celle-ci cherche acquéreur, tout en étant soucieuse de ne pas laisser son précieux fardeau dans n’importes quelles mains. Elle a lancé un appel pressant qui a été entendu par certains.

Parmi les candidats qui se sont profilés, seul reste intéressé Arthur Paes, le puissant homme d’affaires hollandais qui a acheté et restauré le château Le Fy à Esneux. L’intéressent non seulement l’église qui serait cédée à 1 € symbolique, mais aussi les terrains et le castelet « Château Saint-Maur » qui la jouxtent. Paes est actuellement en négociation avec le vendeur et l’affaire pourrait aboutir prochainement. Dans le cas contraire, l’Institut du Patrimoine wallon serait certainement sollicité.

Un classement salvateur

Fort heureusement, après bien des vicissitudes, l’église et la tour viennent  d’être classées à l’initiative de l’asbl « Site du Mémorial Interallié de Cointe », ce qui garantit leur survie.

J’ai visité l’église avec notre président Joseph Delhaxhe au début de l’automne 2010, en compagnie d’un représentant de l’asbl propriétaire et d’éventuels candidats amateurs. Nous avons été séduits par la qualité et l’ampleur du lieu que nous n’avions plus vu depuis longtemps et nous avons pu constater l’effondrement d’une partie de la voûte et la désintégration progressive des murs de béton. Mais surtout, la montée au sommet nous a impressionné. On découvre de là-haut tout Liège, ses environs,  les vallées de la Meuse et de l’Ourthe. Un point de vue unique !

Mais quelle sera la destination de la bientôt « ancienne basilique de Cointe » ? Certainement à vocation socio-économique ou économico-culturelle : centre d’affaires, pôle d’entreprises, lieu de réceptions, de spectacles ?

Pour nous, défenseurs du patrimoine, l’essentiel est que le monument et ses environs soient sauvés et restaurés… de façon respectueuse.

 

Madeleine MAIRLOT

 

 

Comments are closed.