À l’Ouest du nouveau ? À la bonne heure, le Cadran?

Bouleversé à la fin du XIXe siècle par la création de la gare du palais et sa liaison aux Guillemins par un tunnel, l’espace qu’on appelle le Cadran le fut à nouveau dans la première moitié des années 1970, tant par la mise à la mise à quatre voies de la gare du Palais (grands travaux inutiles) que par la liaison autoroutière Burenville-Saint-Lambert.

Depuis cette période de démence urbanistique, la Ville tente cahin-caha de restructurer ce passage obligé de la Hesbaye vers notre célèbre place.

Cinq zones doivent être aménagées pour le remaillage de cette partie de la ville particulièrement déstructurée.

1. Le bas de la rue des Anglais est concerné par un projet de logements et de bureaux, sur lequel nous reviendrons.

2. L’actuel parking du côté pair de la rue Saint-Hubert. Nos associations viennent de déposer auprès du ministre Di Carlo une demande d’extension du site classé du Publémont, qui irait de la rue Saint-Hubert et du bas de la rue du Mont-Saint-Martin jusqu’au tunnel. Cette minime extension du classement permettrait d’enfin fouiller le site de l’ancienne église paroissiale de Saint-Hubert et de nous éclairer sur notre première enceinte ; il permettrait aussi d’intégrer à l’aménagement (placette ou bâtiment) d’éventuels vestiges remarquables et de remettre in situ les 120 pierres gothiques du XIIe siècle, dont des colonnes avec leurs chapiteaux, qui furent sauvés de la dispersion par Jean Francotte puis par Joseph Delhaxhe, l’ancien et l’actuel présidents du Vieux-Liège, et qui furent décrits par Pauline Bovy, conservatrice au Musée d’Archéologie et des Arts décoratifs.

3. Le terrain en forte déclivité qui va du côté pair du bas de la rue du Mont-Saint-Martin à la rue Saint-Séverin. Ce terrain qui fait face au Crowne Plaza a fait l’objet d’une demande de permis qui a été refusé. Il faut s’attendre à ce que revienne une demande de permis, l’hôtel ayant besoin de garages. Ce terrain pose problème à cause des contraintes imposées par le tunnel du chemin de fer. Au dernier niveau de cave de l’hôtel, l’ascenseur donne sur une porte qui ne demande qu’à s’ouvrir vers le nord, c’est-à-dire vers le sous-sol de ce terrain où le tunnel laisse peu d’espace. Notre crainte est que l’on crée un cheminement  vers le terrain n°2. Adieu alors la préservation de vestiges ! Cette option serait inacceptable. En revanche, au nord du tunnel, pourquoi pas.

4. L’espace entre la rue Saint-Séverin et la rue Léon-Mignon. Lors de l’enquête publique, en août 2012, le Vieux-Liège et S.O.S. Mémoire de Liège ont déposé les remarques que voici.

“  Côté Saint-Séverin, le projet a favorablement évolué par rapport à sa mouture de 2009. Grâce à son gabarit réduit, à sa plus grande verticalité et à ses toitures en bâtière, il est davantage en harmonie avec le bâti du XVIIIe siècle qu’il jouxte.

Côté Léon-Mignon, le bâtiment projeté  est d’un langage architectural indigent qui dénote avec l’ensemble Art Nouveau de la rue et particulièrement avec les remarquables créations de Nusbaum, toutes proches, qui, selon l’Inventaire mériteraient classement.

 

Ensuite il est trop haut. Cette hauteur excessive contribue fortement à rompre l’harmonie de cette rue très homogène et marquée par l’Art Nouveau, art dont nous étions les pionniers dans une ville à la pointe du progrès, une des plus riches du monde. C’est dire qu’il ne nous faut pas tarir cette source de fierté et d’intérêt touristique. Il n’est pas recevable que les auteurs de projet se servent du gabarit de l’École d’Armurerie pour justifier le leur. Il est, en effet, bien malencontreux qu’on ait autorisé le haussement de cette école, à une époque de laxisme envers le patrimoine que nous espérons révolue. Nous insistons sur ce point, car nous y voyons un autre danger imminent : lorsque sortira le projet de reconstruction entre le Cadran, la place et la rue des Bons-Enfants et la rue Agimont, les auteurs de projet tireront de nouveau argument de la hauteur de l’École d’Armurerie pour justifier celle du nouveau bâtiment. Or, cette hauteur nuira au remarquable bâtiment de Nusbaum, qui forme le coin des rues Agimont et de l’Académie, et qui devrait être mis en valeur par un nouveau bâtiment qui le respecte et s’harmonise avec lui. Nous insistons : un des atouts architecturaux de cette partie du quartier est sa richesse en maisons Art Nouveau de qualité ; ne le galvaudons pas.

Enfin, il sera très visible depuis la rue Saint-Hubert et le bas du Mont-Saint-Martin, d’autant qu’on risque de ne pas y construire, sauf des garages en sous-sol. On verra, en effet, ce haut rectangle  servir de toile de fond aux nouveaux toits à bâtière de la rue Saint-Séverin.

Pour conclure, deux remarques.

A. Il est regrettable de devoir réagir parcelle par parcelle, au coup par coup, sans la vue d’ensemble qu’un bon  schéma directeur aurait dû donner.

B. Au risque de vider Code et Règlement de leurs contenus et de donner l’impression qu’il y a des passe-droits pour certains, les dérogations devraient être exceptionnelles et accordées pour des motifs solides et bien argumentés. De notre point de vue, ce n’est pas le cas dans ce dossier en ce qui concerne la dérogation pour la hauteur du bâtiment.”

Une vue d’ensemble de l’aménagement du Cadran devrait également reconsidérer le building de la rue Saint-Hubert. Ce n’est jamais envisagé. Pourtant il saute aux yeux que ce mastodonte obère tout aménagement harmonieux et, pire, pourra servir à ceux qui veulent bourrer l’espace à justifier des hauteurs excessives.

Visible depuis divers endroit du centre ville, en toile de fond au site classé du Publémont, ce hideux bâtiment de la rue Saint-Hubert fait injure à la collégiale Sainte-Croix – ce patrimoine majeur de Wallonie faut-il le rénover dans un pareil écrin ? – et rend impossible un aménagement harmonieux du Cadran. Il faudrait, pour le moins,  prévoir son rhabillage extérieur ainsi que la suppression du bâtiment technique qui le couronne et celle d’au moins un étage.

Louis NISSE

 

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